Sous le signe de la lyre : les ensembles à vent en Europe, des années 1940 aux années 1980, une culture transnationale
Thèse
Martino, Laurent. Sous le signe de la lyre : les ensembles à vent en Europe, des années 1940 aux années 1980, une culture transnationale.

Éditions : Université de Lorraine
Date de publication : 2016
Nombre de pages : 502

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Présentation

Ce travail universitaire (Thèse de Doctorat en Histoire contemporaine – soutenue à l’Université de Lorraine en 2016), placé sous la direction de Didier Francfort, est novateur à plus d’un titre. Faire l’histoire des ensembles à vent dans un état ou une nation est un exercice complexe mais abordable. Lui donner un cadre européen est une gageure que relève Laurent Martino.
Si son éclairage prend pour objet la « fanfare » dans un sens large (batterie-fanfare, brass-band ou ensemble de cuivres), il pose l’hypothèse qu’il existe un modèle européen de l’ensemble à vent. « Ancrés dans un territoire, les ensembles à vent, sans être identiques, sont pourtant semblables, reconnaissables dans toute l’Europe » écrit-il dans son introduction. Son étude s’articule autour de cette démonstration. Il détermine des caractéristiques partagées, une sociologie constitutive et la réponse à une demande sociale multiple (lieu de rencontre, éducation populaire, relations avec le pouvoir, rituels profanes, sacrés ou mémoriels).
La typologie dressée à l’intérieur du monde des fanfares d’amateurs se rattache à des modèles institutionnels ou sociologiques. Bien que pouvant être un tremplin pour les musiciens, l’Auteur reconnaît à la fois la complexité de son image (et de sa non reconnaissance par des instances « supérieures ») et les menaces qui pèsent sur ces pratiques.
L’aspect le plus intéressant de ce travail de recherche et de mise en perspective reste sa troisième partie. Laurent Martino s’empare des phénomènes de nationalité et d’espaces transfrontaliers perméables, retrouvant là ses ancrages régionaux (la Lorraine).
Nous ne pouvons qu’encourager la lecture de son ouvrage pour tous ceux qui demandent un éclairage sur le monde des ensembles à vent dans la seconde moitié du XXe siècle. Nombre de ses remarques touchent les descendants du mouvement orphéonique que ce soit le monde des chorales et celui des orchestres d’harmonie amateurs.
– Patrick Péronnet

Résumé par l’auteur

Les ensembles à vent existent dans toute l’Europe. Ils sont un trait de culture partagé. La mise à jour d’une sub-culture fanfaristique s’effectue à partir des comparaisons, migrations, circulations, étudiées à travers les ensembles à vent et par emboîtement d’échelles. A partir d’exemples représentatifs, pris à hauteur d’Hommes, l’existence d’un modèle européen de la fanfare, dans son fonctionnement, son image, son rôle… est mis au jour. Pluriels, les ensembles à vent ne sont pas des copies parfaites, mais de nombreux points communs permettent de modéliser cette pratique socioculturelle. Même si pour beaucoup au second XXe siècle, le mouvement orphéonique relève du passé, notre étude des ensembles à vent débute dans les années 1940 avec la Seconde Guerre Mondiale puis la Libération, et s’achève dans les années 1980 marquées par un tournant social, politique et culturel. Plus que sur le déclin, la fanfare est, au cours de la période, en mutation. Inventé au XIXe siècle, l’ensemble à vent répond à une triple définition. Il s’agit tout d’abord d’un ensemble d’instruments à vent (cuivres et bois) et de percussions joués par des musiciens amateurs. La fanfare est également un orchestre de plein air. Enfin, c’est une musique qui « marche », qui défile pour animer la cité. La nature même de cette pratique musicale collective, effectuée par des musiciens non professionnels, inclut une dimension sociale capitale. Autour de cette pratique récréative, se forme un groupe avec ses sociabilités, qui le cimentent. Les ensembles à vent répondent aussi à une demande sociale multiple et notamment un rôle d’éducation populaire. L’ensemble à vent apparaît comme un modèle transnational qui possède une réelle identité. Inclassable, il n’appartient ni à la culture populaire, ni à la culture savante. La catégorisation entre une culture dominée et une culture dominante doit être remise en cause au profit d’une autonomisation des normes de valeurs et de l’abolition des hiérarchies. Le fonctionnement, tout comme les appropriations qu’il subit et qu’il réalise, plaident en faveur d’une autonomisation des ensembles à vent. Ils sont une pratique et un genre autonome et reconnaissable dans toute l’Europe.