Terminologisch gesichert, Musikalish gerechtfertigt?
Das “Sinfonische” und das “Philharmonische” im Blasmusikwesen
Sagrillo, Damien. Terminologisch gesichert, Musikalish gerechtfertigt? Das “Sinfonische” und das “Philharmonische” im Blasmusikwesen.
Présentation

Le sujet abordé par Damien François Sagrillo est une pierre d’achoppement pour tous ceux ( chefs d’orchestre, historiens, musicologues et chercheurs) qui s’intéressent de près ou de loin à l’ensemble à vent. Les moteurs de recherche (sous domination anglo-saxone) sur internet traduisent les incertitudes sur la terminologie utilisée dans le monde pour désigner un objet aux contours élastiques.
Cette réflexion fut, pour nous, un travail préalable de sémantique avant d’essayer d’en retenir des éléments de base pour une terminologie acceptable par le plus grand nombre, lorsqu’il s’agissait de traiter de l’histoire des ensembles à vent du XVIIe au XXe siècle.
Cette histoire montre, en France, des usages de vocabulaire excessivement variés y compris pour ceux qui voulurent en fixer les mots et leurs sens. Les dictionnaires de musique, les traités d’orchestration ou les histoires de la musique sont tous pleins de mots et d’expressions qui d’un terme générique finissent pas se décliner en de multiples sous-ensembles.
Historiquement les XVIIe et XVIIIe siècles ne connaissent que le mot harmonie pour désigner un ensemble à vent composé d’un double quatuor (hautbois, clarinette, cor, basson, toutes parties doublées pour former un octuor) qui est un transfuge allemand de l’Harmoniemusik. Mais déjà se distinguent la « Colonne d’harmonie », la « musique de table ou Tafelmusik » ou la « musique militaire ». Pour les cuivres la nature de la fanfare est d’abord un ensemble de trompes à usage cynégétique, mais là encore il devient fanfare de trompettes ou musique militaire de cuivres. Le phénomène n’est donc pas récent et il n’a cessé de se complexifier au cours des siècles. Il trouva sur sa route des puristes repoussant l’attribution du mot « harmonie » aux seuls bois de l’orchestre (petite harmonie) ou d’un ensemble à vent.
Le deuxième grand défi est celui de faire reconnaître par le lecteur ou le locuteur ce que le néophyte n’est pas en mesure de comprendre. Comment désigner une formation musicale composée de familles d’instruments à vent diverses lorsqu’on ne connaît rien à la musique ? Le vernaculaire s’empare du mot et harmonie comme fanfare deviennent des expressions approximatives, relevant du vague et de l’accepté. Les médias (presse écrite ou audio-visuelle) ne font pas mieux, sinon pire, en mêlant et confondant le militaire et le civil, le protocolaire et le festif, les bois et les cuivres, la formation de chambre ou la grande formation composée d’instruments à vent et percussions dans un grand Gloubi-boulgua terminologique.
Le troisième vecteur fut l’internationalisation des échanges commerciaux avec des marchés de la musique ouverts à des éditeurs usant de leurs propres vocables nationaux et usuels. Le chef d’orchestre qui se penche sur les catalogues des maisons d’édition étasuniennes, néerlandaises, françaises ou italiennes reste coi. Qu’est-ce que le Football Band ? L’orchestra di fiati ? la Banda municipal ? le Holzbläser ? Un dictionnaire multilingue n’y suffit pas.
Enfin un quatrième vecteur lance sur le tout le plus impitoyable postulat, celui du « particularisme ». Particularisme de l’instrumentarium dans la musique savante et populaire, usage ou abandon de familles instrumentales (les saxotrombas et autres sarrussophones désuets), instruments de musique populaires (les tenoras de la cobla catalane ou les bombardes du bagad), instruments à usage militaire (les fifres, les clairons et trompettes naturelles) ou encore les dérivés et usages locaux d’un même instrument (la différence entre le tambour et la caisse claire, le gong et le tam-tam). Et que dire encore des cobla, peña, banda, bagad, brass band, harmonie, philharmonie, fanfare, batterie-fanfare, ou formation harmono-symphonique. Et au-dessus de ces particularismes des petites patries identifiables se développent les particularismes des grandes nations (ensemble à vente et percussion avec ou sans violoncelle et contrebasse à cordes, formation précise de la composition d’un brass-band avec ses cornets, bugles, saxhorns, trombones et tubas, définition et déclinaison de batterie-fanfare en « groupes » variés selon la variété des cuivres naturels usités ou l’intégration de ceux à système, etc.).

Désiré Dondeyne et Frédéric Robert tentèrent en leur temps (1969) de trouver les mots précis. Mais à lire le titre complet de leur ouvrage commun la chose paraît bien complexe : Nouveau traité d’orchestration à l’usage des harmonies, fanfares et musiques militaires. Et à lire le contenu des définitions, compositions et comparaisons des différentes formations on sent que le classement est complexe :
L’orchestre d’harmonie et de fanfare est un ensemble d’instruments à vent, composé de différentes familles et pouvant se présenter sous la forme :
D’un groupe homogène (instruments d’une même famille) constituant une harmonie intégrale [Mais rien n’est dit sur « l’harmonie intégrale »].
D’un ensemble formé de différents groupes (instruments de diverses familles) constituant l’harmonie-fanfare 5Mais lorsque les saxhorns disparaissent et que de la « fanfare ne restent que les saxophones, doit-on parler d’harmonie-fanfare ?]
D’un groupe d’instruments solistes (choisis dans les différentes familles) constituant le petit orchestre d’harmonie (formation de chambre), plus particulièrement employé depuis le début de notre siècle. [Mais ce petit ensemble est-il un quatuor, un octuor, un dixtuor, etc ?]
Ces trois sortes d’orchestres d’harmonie utilisées conjointement composent le grand orchestre d’harmonie-fanfare dans lequel peuvent intervenir :
1° Un petit ensemble d’instruments solistes, appartenant ou non à différentes familles [Le big-band de jazz classique est une harmonie-fanfare ?].
2° Chaque groupe, jouant isolément, avec son rôle propre, ou se superposant à d’autres groupes, ou encore s’opposant à ceux-ci, selon des formules concertantes voisines du concerto grosso.(1)

C’est à se demander si la théorie de la relativité d’Einstein ne serait pas plus simple à comprendre pour qui n’a jamais fait de mathématiques ou de physique, et il est évident que la « définition » ne définit pas vraiment.
Damien François Sagrillo a raison : si la communication est mondialisée, le vocabulaire est nécessairement mondialisable. Comment traduire correctement un mot désignant un objet précis sans le dénaturer. Celui qui écrit orchestre d’harmonie ne désigne par l’Harmoniemusik, et celui qui évoque le Blasorkester ne dit pas Marching Band.
Il y a encore un long chemin à faire pour arriver à se comprendre et à se faire comprendre sans une terminologie révisée et acceptée. C’est sans doute un défi de plus à relever pour ce que nous appelons génériquement « l’ensemble à vent ».

Patrick Péronnet

(1) DONDEYNE Désiré, ROBERT Frédéric, Nouveau traité d’orchestration à l’usage des harmonies, fanfares et musiques militaires, Paris, Lemoine, 1969, p. 1.

Résumé

« En France, on les appelle «harmonie»; en Italie « orchestre à vent »; « orchestre militaire » en Angleterre s’il est fonctionnel, « orchestre d’harmonie » si les bois et les percussions sont utilisés sinon c’est un « brass band »; en Amérique, ils sont appelés «Marching Band», «Football Band », « Concert Band », « Wind Symphonic Ensemble », « Wind Ensemble ». Quand un compositeur souhaite vouloir écrire pour un ensemble d’instruments à vent, sa première décision est d’en déterminer quel mot et quel sens donner à l’instrumentarium concerné » (William D. REVELLI, « Rapport de la commission d’instrumentation et nomenclature », Proceedings of the College Band Directors National Association, décembre 1958, p. 25, cité par dans Raoul Camus, « A Band is a Band », dans: Congress report Oberwölz (= Alta Musica, vol. 34), éd. Damien Sagrillo, Weikersheim 2018, p. 162.).
L’inconfort exprimé dans cette citation est la raison de l’article de Damien Sagrillo. Les confusions s’accumulent lorsque s’ajoutent les termes « symphonique » et « philharmonique ». Que dire alors de la désignation incertaine d’un ensemble à vent ? Il existe bien d’autres mots que ceux énoncés par William D. Revelli et la discussion qui s’ouvre n’est pas nouvelle. Aucune tentative de définition n’a été, jusqu’à ce jour, universellement adoptée. Cette profusion de désignations s’est accrue depuis le début du XXe siècle avec une ère nouvelle dans les pratiques instrumentales et l’introduction des familles de cuivres, dues aux travaux de facteurs inventifs, n’a fait qu’engendrer une anarchie conceptuelle totale. Le but de cet article est de s’interroger sur ce qui a amené ces confusions terminologiques. L’article ne traite que de la situation contemporaine dans les pays germaniques et anglo-saxons.
Dans les pays de l’Europe du Sud d’autres termes sont couramment utilisés « Banda Sinfónica » en espagnol et portugais notamment, et, inventé récemment et utilisé par Giovanni Orsomando, le terme de « Marcia sinfonica » couvre une série de marches de concert pour ensemble à vent en italien. Cette résurgence du mot « symphonique » interpelle.
Terminologiquement sécurisé ? L’origine des mots.
D’abord sur les termes « symphonique » ou « philharmonique » : étymologiquement et sémantiquement, ils ne posent aucun problème. Les origines des mots sont différentes, mais leur signification est quasi identique. Dans le dictionnaire numérique de la langue allemande (DWDS) -un portail Internet qui fournit des informations lexicales sur les mots-, le lecteur apprend que l’adjectif est dérivé du mot symphonie et signifie « à la manière d’une symphonie ». Son origine remonte à la symphōnía grecque (συμφωνία) mot composé du premier terme de composition : syn ou sýn ou xýn, (σύν, ξύν), c’est-à-dire « avec ensemble, en même temps », ainsi que le second terme de composition phōnḗ (φωνή), c’est-à-dire “voix, son, ton”. Si l’on met les deux parties du mot ensemble, les termes qui en résultent donnent « Sonner ensemble, harmoniser en même temps avec quelque chose de sonore, d’harmonieux ». Le DWDS offre également la possibilité de découvrir avec quels autres termes un certain terme peut se compléter. Si l’on introduit le terme «orchestre à vent symphonique» la correspondance la plus citée est « fanfare ».
Le mot « «philharmonique» est exactement comme «symphonique». Composé de deux termes : Le premier de phil, en grec phílos (φίλος), signifie “cher, aimant, amical”, le second dont la racine «harmonie» signifie « accord, unité intérieure, symétrie » et provient lui aussi du grec harmonía (ἁρμονία) traduisible en “connexion, alliance, relation appropriée, accord, harmonie, mélodie ». Le mot composé «philharmonique» signifie donc « la musique aimée, partagée par tous ».
L’article tente de trouver par l’adoption de ces mots nouveaux une façon d’unifier la terminologie pour les usages des pays de langue germanique et anglo-saxone, tout en rejetant d’autres formes en usage.

L’Auteur

Damien François SAGRILLO est docteur en musicologie de la Freie Universität Berlin, professeur de musicologie à l’Université de Luxembourg. Il publie de très nombreux ouvrages et articles autour de la chanson folklorique, de la musique pour ensemble à vent, de l’éducation musicale et en particulier la sociologie et l’histoire de la musique au Luxembourg. Président de l’IGEB : Internationale Gesellschaft zur Erforschung & Föderung der Blasmusik (Société internationale pour la recherche et la promotion de la musique à vent) depuis 2017. Il est aussi musicien, chef d’orchestre et arrangeur.