Une fanfare africaine (documentaire DVD/VOD)
Hugo ZEMP
Zemp, Hugo. Une fanfare africaine.

Documentaire (DVD)

Éditions : l’Harmattan
Date de publication : 2011
Durée : 72 minutes
EAN 9782296110229

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Présentation

La musique pour ensemble à vent, en Afrique de l’Ouest, est un élément intéressant pour qui s’intéresse aux métissages culturels. Peu de travaux musicologiques ou ethnomusicologiques se sont intéressés à ce phénomène qui connaît des extensions inattendues au XXIe siècle.
Si, en Afrique comme ailleurs, il y eut toujours des instruments à vent et des musiques militaires depuis la nuit des temps, la colonisation en a modifié la composition instrumentale et l’usage.
Les colonisateurs ont importé leurs musiques militaires, leurs répertoires et leurs jeux instrumentaux satisfaisant là le souhait des colons qui retrouvaient une part du Vieux Continent dans les musiques de plein air. Le décorum dont s’entourent les diverses nations coloniales (France, Royaume-Uni, Belgique, Espagne, Portugal, Allemagne) dans leur représentations en Afrique sont une reproduction des rituels que les métropoles ont imposés, soignant l’architecture, le costume et la musique. Au moment de la décolonisation, les armées européennes ne laissent pas que des regrets pour des gouvernements en recherche d’identité et de reconnaissance. Ainsi se recréent des musiques militaires imitatives de celles des anciennes puissances coloniales, chargées de créer et diffuser le nouvel hymne national et tentant de s’approprier des jeux instruments pour rivaliser avec les anciens « maîtres » et acquérir une respectabilité.
Pour les fanfares « civiles » et locales, il en va autrement. Les colonisateurs, quelle que soit leur religion (catholiques ou protestants), ont interdit l’usage des groupes instrumentaux traditionnels au nom des pratiques dangereuses et iconoclastes de l’animisme et d’une intolérance culturelle. C’est souvent l’Eglise qui recréée au sein de ses « missions » des fanfares qui sont à la fois un moyen d’encadrer une vie sociale et une possibilité festive pour animer une vie locale (paroissiale et associative) contrôlée.
La diffusion de ce genre de fanfares est un phénomène peu exploré par la recherche. C’est assez regrettable particulièrement au regard de l’Histoire, lorsque plus de cinquante ans après, la décolonisation connaît un regain de contestation pour les sociétés africaines, entre autres. L’exemple du Bénin est à ce titre révélateur. Il y a plus de 600 fanfares jouant à la fois une musique traditionnelle (mêlant chant, cuivres et percussions) mais aussi un mélange festif et créatifs puisant des sources d’inspiration et d’expression dans le juju, l’afrobeat et le jazz. De ce multiculturalisme naît une grande part de ces cultures que l’on voudrait nationales.
Il nous est agréable de présenter dans cette rubrique un documentaire signé par un maître de l’ethnomusicologie : Hugo Zemp.

— Patrick Péronnet

Résumé

A Jacqueville, sur le littoral ivoirien, près d’Abidjan, une des premières mesures, qui suivirent la conversion de la population aux nouvelles religions, fut de prohiber les instruments de musique traditionnels. Mais le goût de la fête fut le plus fort et pour pallier l’interdit religieux, la petite ville se dota d’une fanfare.
Histoire d’une fanfare pas militaire du tout, une fanfare dansante, une fanfare africaine qui accompagne tous les grands et les petits moments de la vie, qu’ils soient officiels, religieux ou festifs : fête nationale, messe d’assomption, funérailles, divertissement reprenant des airs de la célèbre danse “mapouka”, jeu musical avec ballon de foot, jeu expérimental de tambours sacrés traditionnels…

Un débat animé entre les musiciens, où l’humour n’est pas absent, aborde des questions fondamentales sur la tradition et les transformations dans le contexte de la vie d’aujourd’hui. De longues prises de vue au coeur de la musique et des paroles des musiciens permettent de découvrir des moments intenses de la vie de cette fanfare pas militaire du tout, si différente des ensembles de cuivres européens.
“Zemp a filmé (…) avec la précision et la clarté ethnographiques de ses précédents disques et films (…).” (the World of Music)

 “La combinaison entre les excellentes prises de vue et les commentaires spontanés des musiciens rend ce film précieux (…).” (Ethnomusicology)

 “Prix du film le plus innovant” (Festival International du Film Ethnographique de Nuoro, Italie, 2006)

L’auteur

Hugo Zemp est un ethnomusicologue franco-suisse. Après des études d’anthropologie et de musicologie à l’Université de Bâle (Suisse), il obtient un doctorat à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes de Paris en 1968. Il rejoint le CNRS et enseigne l’ethnomusicologie à l’Université Paris-Nanterre.
Connu pour ses travaux d’anthropologie de la musique chez les Dan de Côte-d’Ivoire et pour ses recherches sur les étonnantes polyphonies et ethnothéories des ’Are’aré des Iles Salomon, il est aussi l’un des rares pionniers du cinéma ethnomusicologique à avoir utilisé, à l’instar de son maître Gilbert Rouget, ce moyen d’enquête et de publication.