Joseph Vézina et l’orchestre à vent : l’expression d’un nationalisme musical canadien
Jean-Philippe CÔTÉ-ANGERS
Côté-Angers, Jean-Philippe. Joseph Vézina et l’orchestre à vent : l’expression d’un nationalisme musical canadien.

Éditions : Mémoire de Maîtrise, Faculté des études supérieures de l’Université Laval (Québec)
Date de publication : 2010
Nombre de pages : 143

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Présentation

Il nous plait dans cette présentation d’évoquer nos cousins de la Belle Province et de s’intéresser à la musique pour ensemble à vent au Québec et au Canada. Comme souvent, la musique pour ensemble à vent a été introduite à Québec par les militaires. On peut dater cette fondation de l’année 1879 date à laquelle la Musique de l’Artillerie royale canadienne (ARC) a été créée. Elle était composée de volontaires de la Milice et de musiciens professionnels venant de l’Angleterre et de la France. Elle devint en définitive la première musique militaire permanente au Canada. En 1899, elle fut baptisée The Royal Canadian Garrison Artillery Band (RCGA).

La Musique de la RCGA fut formée sous la direction de Joseph Vézina (1849-1924), célèbre musicien québécois aux accomplissements remarquables. Premier chef de musique d’envergure de la Musique des Voltigeurs de Québec dès 1868, Vézina créa et dirigea de nombreuses musiques militaires et musiques d’amateurs; il fut aussi le premier chef de l’Orchestre symphonique de Québec. En outre, Vézina dirigea plus de 100 musiciens pour la première interprétation de « Ô Canada », qui eut lieu le 24 juin 1880 pendant un banquet de la Saint Jean-Baptiste, à Québec.
Chef fondateur de l’Orchestre symphonique de Québec à partir de 1902, Joseph Vézina a joué un rôle capital dans la vie musicale de la ville de Québec au tournant du vingtième siècle. Si son travail de directeur musical revient plus facilement à la mémoire grâce à la vitalité des deux formations musicales aujourd’hui plus que centenaires, son œuvre de compositeur demeure néanmoins dans l’ombre. Celle-ci, très appréciée du public selon les témoignages de l’époque, compte tout de même trois opéras-comiques complets, une cinquantaine de pièces pour orchestre à vent et une dizaine de pièces vocales. Elle dort cependant aujourd’hui, la plupart du temps à l’état de manuscrit, dans trois fonds d’archives consacrés à Joseph Vézina aux Archives nationales du Québec, au Centre de référence de l’Amérique française et à la Bibliothèque du Conservatoire de Québec, fonds qui attendent toujours d’être mis en valeur.

Ce mémoire a pour objet de se pencher sur la partie de l’œuvre de Vézina consacrée aux vents à la lumière de sa relation avec le concept de nation. Le choix du genre s’explique par la place centrale que celui-ci occupe dans la production du compositeur sous des rapports tant quantitatifs que qualitatifs; en améliorant la connaissance de ce répertoire, on en fait une première mise en valeur qui pourrait inciter les musiciens à le redécouvrir de manière concrète, c’est-à-dire en le jouant. La démarche musicologique est alors complète.
Quant à l’angle choisi pour aborder le sujet, sa première motivation vient du rôle le mieux connu joué par Vézina, celui de directeur musical de la plupart des grands événements, qu’ils soient religieux, patriotiques, musicaux, sociaux, sur une période de près de 50 ans. L’idée d’aborder sa musique sous l’angle du nationalisme s’inscrit aussi dans le sillage des travaux de Lucien Poirier⁽︎¹︎⁾︎ et d’autres à ce sujet dans les années 1980, de même que, plus près de nous, de chercheurs comme Elaine Keillor⁽︎²︎⁾︎. Vézinat, de culture française, se retrouve musiciens engagé par loyauté avec l’Angleterre (le Canada est alors colonie anglaise) tout en favorisant un nationalisme canadien naissant.
Pour qui s’intéresse aux tuilages entre culture musicale française et culture musicale québécoise, la lecture de ce travail universitaire est prioritaire.

— Patrick Péronnet

⁽︎¹︎⁾︎ Lucien Poirier (1943-1997), organiste, musicologue et enseignant, il se spécialise également dans l’œuvre du compositeur français contemporain Georges Migot. À partir de 1981, ses recherches et ses publications portent généralement sur la musique canadienne et son histoire, et celle du Québec en particulier. Sa plus grande contribution, cependant, est fort probablement l’inventaire et l’étude des sources musicales de la presse québécoise depuis sa fondation en 1764 ; cette recherche a été entreprise par une équipe d’étudiants de l’Université Laval sous sa direction ainsi que celle de Juliette Bourassa-Trépanier . Les découvertes apparaissent dans le Répertoire des données musicales de la presse québécoise , dont le premier volume est publié à Québec en 1990.

⁽︎²︎⁾︎ Elaine Keillor est une pianiste de concert de renommée internationale et professeur émérite de l’Université Carleton d’Ottawa. Elle a été la première femme à être reçue docteure en musicologie à l’Université de Toronto. Chercheuse, elle s’est spécialisée sur la musique canadienne. Elle est entre autres l’auteure de l’Encyclopedia of Native American Music of North America (2013).

Résumé

Joseph Vézina (1849-1924) est l’un des premiers musiciens canadiens à tenter de définir l’identité de sa nation, qu’il veut avant tout française et catholique, par ses compositions. Son nationalisme est à l’image de celui que prône la bourgeoisie socioculturelle de la ville de Québec à la fin du dix-neuvième siècle, soit un nationalisme culturel s’accommodant généralement bien des nationalismes politiques concurrents en Amérique du Nord.
Le choix de l’orchestre à vent pour affirmer la nation canadienne est motivé en bonne partie par les nombreuses fonctions attribuées à cette formation musicale et par la facilité avec laquelle il permet de concilier une écriture ouvertement patriotique à une écriture plus intime. Loin de diminuer le nationalisme d’une œuvre, l’expression individuelle du compositeur (on parlera de son romantisme) lui permet au contraire de tenir un discours identitaire plus éloquent. Vézina développe un style inspiré par les traditions musicales latines en général et françaises en particulier, avec plusieurs nuances d’origines locales, britanniques et étatsuniennes, à la fois pour se distinguer et pour intégrer dans une certaine mesure le nationalisme politique de la Confédération canadienne.

Le premier orchestre symphonique du Québec. Au centre, son chef, Joseph Vézina

Joseph Vézina

 

L’auteur

Jean-Philippe Côté-Angers a fait une maîtrise en musicologie sur la musique pour orchestre à vent de Joseph Vézina. Trompettiste au sein de la Musique des Voltigeurs de Québec (musique de réservistes), il mène plusieurs projets sur la musique militaire canadienne et son histoire, bien qu’il ait opté pour une carrière dans le Génie civil du bâtiment. Il a produit un autre document sur l’œuvre de Joseph Vézina : Joseph Vézina et l’orchestration au tournant du XXe siècle (1902-1924) pour l’Université de Laval.