Pyramides Noires – Thibaut BRUNIAUX
pour orchestre d’harmonie
Thibaut Bruniaux
Originaire du nord de la France, Thibaut BRUNIAUX a étudié au sein des conservatoires de Valenciennes et Lille avant d’obtenir une maîtrise de musicologie et le Diplôme d’Etat d’enseignement de la formation musicale. Il s’est ensuite spécialisé dans l’écriture musicale et la composition, et est diplômé du Conservatoire National Supérieur de Paris, où il a suivi les classes d’écriture, analyse et orchestration. Il a également obtenu le Certificat d’Aptitude en écriture au CNSM de Lyon. Depuis 2012 il enseigne l’écriture musicale et composition au CRR de Lille.
Trompettiste, il est cocréateur, avec un groupe d’amis, en 2014 du Brass Band du Hainaut (Nord) dont il assure, depuis, la direction artistique.

Le style musical de Thibaut BRUNIAUX se distingue par une écriture richement orchestrée, expressive et structurée, ancrée dans la tradition française tout en intégrant des influences contemporaines et cinématographiques. Il s’adresse principalement aux orchestres d’harmonie et brass bands, avec une attention particulière portée à la forme, à la narration musicale et à la couleur sonore.
Thibaut BRUNIAUX propose une musique sérieuse mais accessible, qui parle autant à l’imaginaire qu’à la sensibilité de l’auditeur. Il représente une nouvelle génération de compositeurs français de brass band, mêlant maîtrise académique, expressivité moderne et narration musicale.
Présentation de l’œuvre par le compositeur
En 2022, la CMF des Hauts-de-France, le CREMA CABBALR, l’harmonie de Burbure et de nombreuses harmonies du Bassin minier, ont souhaité s’investir dans le 10e anniversaire de l’inscription du Bassin minier au Patrimoine mondial à travers une programmation musicale.
C’est ainsi qu’est née l’œuvre musicale Les Pyramides Noires, composée spécialement pour l’événement par le valenciennois Thibaut BRUNIAUX. Composée en trois parties (I. Terre de souvenirs – II. La galerie des esprits (le destin d’Augustin Lesage) – III. Terre d’avenir), l’œuvre établit le lien entre la culture égyptienne et le Bassin minier, tout en évoquant dans le deuxième mouvement la vie et l’œuvre du peintre et spirite burburain, Augustin LESAGE.
Né en 1876 à Auchel et mort en 1954 à Burbure, Augustin LESAGE est une des figures majeures de l’art brut, il était admiré par André BRETON, père du surréalisme. En 1911, alors qu’il travaille au fond de la mine, il entend une voix lui disant : « Un jour, tu seras peintre ». Quelques mois plus tard il est initié au spiritisme par des camarades mineurs et fait preuve de dons de médium exceptionnels. LESAGE dit que les esprits lui enjoignent de dessiner puis de peindre. En 1939, Augustin LESAGE fait un voyage en Égypte qui le marquera et l’inspirera profondément.
Les Pyramides Noires font le lien entre la culture égyptienne et le bassin minier, tout en évoquant dans le deuxième mouvement la vie et l’œuvre d’Augustin LESAGE.
Quelques caractéristiques relevées par le chef d’orchestre
La musique de Thibaut BRUNIAUX est toujours très imagée et comme les meilleures fables, le compositeur va bien plus loin que la simple description d’une image évoquée.
Cette particularité rend sa musique particulièrement merveilleuse et participe grandement au fait que j’adore la travailler et la programmer aux concerts de la Musique des Transmissions. Les Pyramides Noires, par exemple, renvoient ici bien évidemment aux terrils du Nord, massifs dans le paysage, mais c’est à mon sens une erreur de s’arrêter sur cette simple et première impression. Les titres des mouvements (1. Terre de souvenirs, 2. La galerie des esprits et 3. Terre d’avenir) révèlent une dimension immédiatement bien supérieure à cette œuvre. De plus, la référence à Augustin LESAGE, dans le deuxième mouvement, qui trouve sa vocation artistique dans une galerie de mine, renforce le véritable message : on parle ici de l’univers du charbon, monde emblématique du patrimoine nordique.
Le premier chapitre (Terre de souvenir) s’ouvre sur un lever de soleil brumeux. Les contours du terril sont flous et la terre respire au rythme des noires. Nous avons passé beaucoup de temps en répétitions à étudier cette forme de note afin de plonger immédiatement l’auditeur dans cet épais brouillard. Le soleil perce sur un primo-forte et les machines s’enclenchent, le relai entre les parties de clarinettes est d’ailleurs ici capital. Un solo de trompette rend ensuite hommage, par son thème large et harmonieux, au courage des mineurs qui descendent dans les entrailles de la terre. À la demande de Thibaut BRUNIAUX lui-même, il faut ici rubater ! La certitude de remonter à la surface peut-elle être régulière, après tout ? Les deux césures de fin ont la même notation mais pas le même sens : une véritable coupure pour la première et une simple respiration pour la deuxième. Un accord final révèle que le soleil est levé mais la surface est vide.
La deuxième partie (La galerie des esprits) m’a toujours donné un sentiment de sons étouffés et enfouis, ce que l’on pourrait entendre dans les galeries de charbon ou même aux abords d’un volcan. Les passages parlés sont à doser subtilement dans l’intensité pour obtenir les effets de nuances indiqués, (il faut être parfois perçu et non entendu…). À la lettre M, le brillant fortissimo m’a posé des difficultés d’interprétation et ce sont les percussions, ici vitales, qui ont répondu à ma problématique de garder une cohérence au sein du mouvement. Le bref accéléré qui s’ensuit permet de sublimer le pianissimo subito qui nous ramène un bref instant à l’atmosphère initiale. C’est alors qu’un solo de flûte amène un peu de lumière déséquilibrée à toute cette claustrophobe obscurité.
Le troisième mouvement (Terre d’avenir) se construit autour des résonnances du métal et plus précisément même, du cuivre. J’invite les orchestres d’harmonies qui auront la chance de jouer cette pièce, de poser l’équilibre de ce début sur les cloches tubulaires. L’apparition ainsi d’un effet de beffroi est tout à fait saisissant par sa couleur orchestrale. Le presto est alors lancé comme un train vers l’avenir porté par le charbon et son histoire. Un thème noble est ensuite subtilement amené et porté par les cors et les saxophones. Ils illustrent une fierté des origines nordiques malheureusement trop souvent rabaissée (vous devinerez ici mes propres origines !). Ce noble thème revient à la fin et une nouvelle fois il est intéressant de s’arrêter quelques instants pour réfléchir sur qui équilibrer cette phrase. À titre personnel, j’ai pris le parti d’équilibrer sur les cors pour l’exposition afin de renforcer le côté pompeux mais sur les saxophones pour la fin, car le grain du son est plus intéressant pour maintenir la tension maximale. Cette dernière se confronte à une conclusion qui se veut un pur condensé d’énergie sur un arrêt précis.
Pour conclure, nous pouvons une nouvelle fois ne voir dans un terril qu’un gigantesque tas noir, tâchant le panorama, et s’enfoncer dans ce préjugé. Pourtant cette musique montre surtout le jeu de la brume sur ses flancs, le son étouffé des entrailles de la Terre d’où elle vient et la dette d’un peuple pour son existence.
Vivien DAVID
Chef de musique adjoint de la Musique des Transmissions de Rennes (35)
Création :
Commande de l’orchestre d’harmonie Avenir de Burbure, dans le cadre du 10e anniversaire de la reconnaissance du bassin minier au patrimoine mondial de l’UNESCO
Créée le 18 septembre 2022 au site 11-19 de Loos en Gohelle, par un orchestre composé de musiciens de La Muse de Somain, de l’Harmonie Avenir de Burbure et de la Musique municipale de Roost-Warendin, sous la direction d’Olivier DEGARDIN
Partition :
Titre : Pyramides Noires
Pour : Orchestre d’harmonie
Durée : 10’30’’
Niveau : Médium
Édition : Make Music Publications, Buitenveld 8, 9269 TV VEENWOODEN (Pays-Bas). 2022 info@lake-music.com
Enregistrement réalisé par la Musique des Transmissions de Rennes (35) sous la direction du chef de musique de 2ème classe Vivien David, au Carré Sévigné de Cesson (35), le 23 septembre 2025, dans le cadre du Concert Unisson – Le temps de la reconstruction (retour de la paix et de la reconstruction morale et physique de la France)
Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur Augustin LESAGE, le peintre spirite, nous recommandons son portrait dans les collections de l’INA

