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Concertino en ré majeur – Cécile Chaminade

Concertino en ré majeur – Cécile Chaminade

Concertino en ré Majeur - Cécile Chaminade
pour flûte opus 109

Cécile Chaminade (1857-1944)

Née le 8 août 1857 à Batignolles dans une famille bourgeoise et mélomane, Cécile Louise Stéphanie CHAMINADE fera preuve d’un talent précoce : elle est encore jeune quand Georges BIZET (1838-1875) la surnomme « mon petit Mozart », surnom sans doute plus affectueux que profond. Surtout, gage de véritable confiance en les capacités de la jeune fille, le compositeur de Carmen insistera auprès de son père pour que Cécile puisse suivre, en privé, les cours de piano du professeur du Conservatoire, Félix LE COUPPEY (1811-1887), et ceux, pour la composition, de Benjamin GODARD (1849-1895). Le père, en effet, avait refusé que sa fille s’inscrive dans l’institution parisienne, car, selon lui, « Dans la bourgeoisie, les filles sont destinées à être épouses et mères. »

Dans les soirées données par son père qui invite des compositeurs célèbres, Cécile accompagne Martin-Pierre MARSICK (1847-1924), jeune violoniste belge à la renommée grandissante. Celui-ci fonde en 1877 un quatuor à cordes, donnant des séances de musique de chambre à la salle Pleyel. C’est à l’occasion de l’une d’elles que, profitant d’un voyage de son père, Cécile CHAMINADE se produit pour la première fois en public ; elle joue dans des Trios de Beethoven et de Widor. Elle reçoit les encouragements de Camille SAINT-SAËNS et d’Emmanuel CHABRIER.

En 1878 a lieu le premier concert consacré à ses propres œuvres. En 1881 est donnée à Paris une suite d’orchestre puis, l’année suivante, ses parents font entendre chez eux une audition privée d’un opéra-comique en un acte, La Sévillane qu’elle accompagne au piano.

Elle continue d’écrire et en 1888, son ballet Callirhoe, créé à Marseille, obtient un grand succès et sera donné par la suite plus de deux cents fois, notamment au Metropolitan Opera de New York. La renommée dépasse donc nos frontières. Cécile est plutôt d’un caractère réservé, mais la mort de son père, en 1887, l’oblige à s’exposer. Elle doit gagner de l’argent pour elle et sa mère. Elle se produit alors à Bruxelles, Berlin, Londres, en Hollande et en Suisse. Elle compose et vend beaucoup. L’Angleterre l’adore. Elle s’y rendra à plusieurs reprises et sera reçue à chaque fois par l’une de ses premières admiratrices : la reine Victoria.

Me Chaminade, photographie, Atelier Nadar (1875-1895)
Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, FT 4-NA-238 (27)

Pourtant, son inspiration novatrice se brise vers 1890 pour des raisons encore à élucider. Débute alors sa carrière de « compositrice de salon », avec de très nombreuses pièces de piano et mélodies destinées aux amateurs.

Elle conclue en 1901 un mariage de circonstance avec l’éditeur de musique Louis-Matthieu CARBONEL (1842-1907), de vingt ans son aîné, interrompu par le décès de ce dernier en 1907 — sept années pendant lesquelles Cécile continua à résider à Paris et Louis-Matthieu à Marseille…

 « Mon amour, c’est la musique », déclarera-t-elle, « j’en suis la religieuse, la vestale ». Une vestale qui ne reste pas confinée dans son temple,

Les États-Unis aussi sont conquis par sa musique. Cécile y donnera une série de 25 concerts, tous combles, en 1908 (un vrai succès commercial). Elle déjeunera même avec le président Theodore Roosevelt… Le nom de Cécile CHAMINADE devient un symbole de l’émancipation et de la reconnaissance artistiques des femmes (les revues Century Magazine et The Ladies’ Home Journal lui consacrent des articles substantiels) et des « clubs Chaminade » se créent où des femmes musiciennes et compositrices se retrouvent. Certains existent toujours comme le Chaminade music club d’Attleboro, fondé en 1912.

Reconnue dans son pays natal, elle reçoit en 1913 la Légion d’honneur, première musicienne à recevoir cette décoration.

La Première guerre mondiale mettra presque totalement fin à sa carrière de musicienne. En 1915, elle s’installe dans la villa qu’avait achetée son mari, dans le quartier des Tamaris à La Seyne-sur-Mer. Jusqu’à la fin de la guerre, elle soigne les soldats convalescents à l’hôpital des Sablettes, proche de la villa. Après la guerre, sans que l’on sache précisément pourquoi, elle vit de plus en plus recluse, vend la maison du Vésinet, s’installe à demeure à La Seyne-sur-Mer et met fin progressivement à ses activités musicales. Elle connaît de graves ennuis de santé conséquents à « un régime alimentaire végétarien mal conçu » : il faut l’amputer d’un pied en 1936. Seul le violoniste compositeur autrichien Fritz KREISLER, parvient à imposer durablement la Sérénade espagnole, op. 150 pour violon et piano. En revanche, sa musique continue à circuler dans les milieux mélomanes et les cercles de musiciens amateurs jusqu’à la fermeture des éditions Enoch par les occupants nazis et l’épuisement consécutif des stocks (à titre d’exemple, la partition du Pas des écharpes s’était vendue à plus de cinq millions d’exemplaires).

Elle meurt, presque oubliée, le 13 avril 1944, à Monte-Carlo où elle s’était retirée. Elle est enterrée au cimetière de Passy.

Pour en savoir plus

Nous recommandons le portrait vidéo « Cécile Chaminade, compositrice pionnière » (format 7’10’’) que lui a dédié France Musique en 2021.

Son catalogue

Cécile CHAMINADE laisse un catalogue de près de 400 œuvres (dont 171 numéros d’opus répertoriés).

Dans son propre catalogue autographe, communiqué par elle à l’occasion de l’établissement de son dossier pour l’obtention de la Légion d’honneur, en 1901, Cécile CHAMINADE énumère :

« Les Amazones, symphonie dramatique pour orchestre, soli et chœurs[1] ; Callirhoë, ballet symphonique[2] ; Suites d’orchestre ; 2 Trios pour piano, violon et violoncelle ; Concerto pour piano et orchestre[3] ; Concertino pour flûte et orchestre (morceau imposé au concours du Conservatoire) ; Sonate pour piano ; Etudes de concert en deux livres ; Recueils de pièces pour piano (pièces humoristique, romantiques, feuillets d’album, romances sans parole, etc.) environ 200 morceaux de piano ; Quatre recueils de vingt mélodies, chacun pour chant et piano ; un Recueil de 20 mélodies, une quarantaine de mélodies séparées ; Environ 150 pièces pour chant et piano ; 8 Duos pour voix d’homme et femme ; 8 Chœurs pour voix de femmes sur des poèmes d’Armand Silvestre ; 6 poèmes symphoniques paroles d’Ed. Guinand ; Les deux Ménétriers : scène dramatique pour basse et orchestre ; Morceaux de violon, violoncelle, flûte, etc.[4] ».

Un contrat exclusif la lie à l’éditeur Enoch et la diffusion de ses œuvres se fait dans le monde entier.

« Pour l’essentiel, l’œuvre de Cécile Chaminade est contemporaine de la querelle opposant les « wagnériens » et les tenants de la « musique française ». Par le primat de la mélodie et la clarté formelle, héritée du classicisme et du premier romantisme (forme sonate, variations, mélodies tripartites vocales ou instrumentales), elle se situe sans équivoque dans le camp des seconds. Pour les mêmes raisons, elle reste peu sensible à l’influence de Debussy et use avec parcimonie de la dissonance et du chromatisme, toujours à des fins expressives[5] ».

Nous signalerons dans ce vaste catalogue une Marche américaine pour piano, opus 131 (1909), dédiée à John Philip SOUSA (1854-1932), le créateur du « Sousa’s Band », orchestre composé d’une centaine de musiciens avec lequel il fait des tournées dans le monde entier jusqu’en 1931. Partout il remporte un grand succès grâce à la sonorité nouvelle de son orchestre qui rompt avec la composition des fanfares traditionnelles.  En effet SOUSA modifie le rapport entre les familles d’instruments : moins de cuivres et de percussions au profit des bois et introduit même une harpe. Ceci lui permet d’exécuter des programmes variés comme un orchestre symphonique et non les seules compositions à but militaire. Son orchestre représente les États-Unis d’Amérique lors de l’Exposition Universelle de Paris en 1900, défilant même sur les Champs-Élysées. C’est sans doute à l’occasion de sa tournée étasunienne de 1908 que CHAMINADE semble avoir écrit cette pièce.

Enfin, et pour rester sous le prisme d’un rapport avec l’ensemble à vent, nous signalerons l’orchestration par le compositeur et chef d’orchestre canadien Louis Philippe LAURENDEAU de Trois pièces extraites de ballets (1. Scarf Dance, Op. 37/3 ; 2. Callirrhoë Variation, Op. 37/4 ; 3. La Lisonjera, Op. 50), pour les éditions Kalmus (États-Unis d’Amérique).

Concertino pour flûte

On trouve, dans la littérature musicale anglo-saxonne, de drôles de légendes à propos du Concertino en ré majeur opus 107. Il aurait été composé par une Cécile CHAMINADE amoureuse d’un grand flûtiste et jalouse de son mariage avec une autre. Il fallait peut-être établir un climat passionnel autour de cette œuvre pour expliquer son extravagant succès. Pourtant, sa genèse n’a rien d’une histoire de cœur, bien au contraire.

La pièce est une commande du directeur du Conservatoire de Paris – Théodore DUBOIS – qui, pour le concours de flûte de 1902, demande à la compositrice une œuvre de grande difficulté technique et un morceau de lecture à vue. La partition du Concertino est d’ailleurs dédiée à Paul TAFFANEL, professeur de flûte de l’établissement. Lors d’une interview, en 1934, la musicienne racontera qu’elle s’était « mise à l’œuvre d’assez mauvaise grâce » et aurait préféré écrire pour le violon ou pour le piano : « Cela me semble plutôt mélancolique que ce soit par la flûte que je sois entrée au répertoire du Conservatoire » concluait-elle. Mais en offrant à l’instrument désigné une superbe page, mêlant lyrisme et virtuosité, elle en assurait cependant l’énorme diffusion.

Édité dès 1902, le Concertino quitte vite les bancs de l’école pour s’épanouir au concert. Dès 1906, à la faveur d’une soirée de gala au Trocadéro mettant en lumière le soliste Adolphe HENNEBAINS, il est même soutenu par un orchestre de 150 musiciens. Cette version, orchestrée par Chaminade elle-même, paraît chez Enoch en 1908 et devient l’ultime page symphonique de la compositrice[6].

L’orchestration et l’orchestrateur

Parmi plusieurs propositions sur le marché de la partition, nous avons choisi la version orchestrée par Roger NIESE pour Baton Music (2014).

Roger NIESE est issu d’une famille de musiciens et a commencé à jouer de la clarinette dès son enfance. À l’Académie de musique de Maastricht, il a suivi un master de clarinette auprès de Leo VAN TOL. Parallèlement, il a étudié la direction d’orchestre d’harmonie auprès de Sef PIJPERS.

Jusqu’à récemment, il était chef d’orchestre de la Koninklijke Harmonie Eendracht maakt Macht à Wessem (Pays-Bas). Depuis 2003, Roger NIESE est clarinettiste (basse) au sein de la Philharmonie Zuidnederland ou PhilZuid (orchestre symphonique professionnel de Eindhoven, au sud des Pays-Bas) et participe également aux projets éducatifs de l’orchestre. Il est également actif en tant qu’arrangeur pour Baton Music.

Nous avons particulièrement apprécié, dans son orchestration, l’usage mesuré de l’instrumentation souvent délicate pour l’orchestre lorsqu’un vent soliste doit exprimer ses phrases distinctes. Nous apprécions aussi le respect dû à l’orchestration de Cécile Chaminade pour l’orchestre symphonique (version 1908) qui exclue les trompettes de l’orchestre. La participation de la harpe, intégrée à l’orchestration, nous semble aussi indispensable à la réalisation de l’œuvre, ce qui n’est, hélas, pas le cas de nombre d’orchestrations de l’œuvre. Enfin, le matériel d’orchestre est très soigné et ne comporte aucune faute ce qui facilite grandement le travail du chef d’orchestre.

Des conseils d’interprétation

Le Concertino s’ouvre sur une mélodie large avec une partie solo très décorative et considérée comme très exigeante pour le flûtiste. Après une partie centrale vive, notée Più animato agitato sur la partition, une phrase au hautbois amène à la cadence du soliste. La pièce se termine avec une reprise de la mélodie de l’ouverture et une coda.

« Élizabeth WOLFREY déclare dans son analyse de l’œuvre : « Pris à la valeur nominale, il peut être facile d’écarter le Concertino comme un petit rondo court et doux qui accomplit les objectifs musicaux et techniques de la commission. Mais juste en dessous de la surface, le traitement inhabituel de la forme conventionnelle par CHAMINADE, en combinaison avec un problème tonal, rend le travail beaucoup plus complexe et dramatiquement satisfaisant. »

Une forme traditionnelle de Rondo en musique contient un thème principal (A), suivi d’un deuxième thème (B), puis le premier thème (A) est répété avant l’introduction d’un troisième thème (C). Le premier thème (A) est ensuite répété. Il existe des variations à ce format, par exemple au lieu d’ABACA, les compositeurs utilisent ABACABA ou ABACAB. Élisabeth WOLFREY suggère que le Concertino suit vaguement la structure de Rondo, avec un thème clair A qui alterne avec des sections contrastées, mais les sections contrastées ne sont pas ce que l’auditeur attend, avec une instabilité harmonique et une structure soudée, entre autres variations à la forme[7] ».

Robert HILLINICK, flûtiste, commente : « Son thème principal sans prétention attire les auditeurs immédiatement dans un monde sonore pastoral idyllique dont le lyrisme gracieux flirte avec le sentimental. Les passages décoratifs poivrent la partition, étirant la capacité technique du soliste avec des écailles et des arpèges rapides[8].   » 

Niveau

4/6 pour la flûte solo

3/6 pour l’orchestre d’harmonie

Partition

Titre : Concertino for Flute

Durée : de 8’30’’ à 10’

Orchestrateur : Roger NIESE

Éditeur : Baton Music PO box 6401, 5600 HK Eindhoven (Pays-Bas)

Tel : +31 40 2930581

info@batonmusic.nl

Référence éditeur : BM394

Pour entendre

Nous proposons deux enregistrements du Concertino

Le premier est la version originale pour flûte et piano dans l’interprétation de Mathilde CALDERINI (flûte) & Guillaume BELLOM (piano), extrait de l’émission Génération France Musique, le Live, enregistrée le 31 octobre 2020 au Théâtre de l’Alliance Française et présentée par Clément ROCHEFORT pour France Musique.

Le second enregistrement présente le Concertino dans sa version flûte et orchestre symphonique (orchestration Cécile CHAMINADE de 1908, éditions Enoch), interprété par Jean MEDEIROS (flûte) et l’Orquestra Sinfônica do Conservatório de Tatuí (Brésil) avec lecture du conducteur intégrée.

Le troisième enregistrement permet d’entendre la version pour ensemble à vent dans l’orchestration de Roger NIESE (éditions Baton Music) dans l’interprétation d’Ana Paola RINCONES (flûte) et du First Marine Division Band (États-Unis d’Amérique) sous la direction d’Eric KYNE. Enregistrement réalisé à la Cité de la Musique et de la Danse de Soisson (Aisne) le 25 mai 2023, à l’occasion d’un concert organisé par la Société des membres de la Légion d’honneur. Nous noterons le remplacement de la harpe par le piano.

Focus présenté par Patrick PÉRONNET,
docteur en Musicologie, 9 février 2026


[1] Sur un livret féministe de Charles Grandmougin, créée en 1888 à Anvers.

[2] Création à l’Opéra de Marseille en 1888.

[3] Rebaptisé Concertstück, op. 40, pour piano et orchestre, il est créé lui aussi à Anvers en 1888. C’est une œuvre à l’avant-garde de l’influence extrême-orientale qui marquera la musique française à partir de 1889.

[4] Dossier de Mme CARBONEL née Chaminade déposé à la Chancellerie de la Légion d’honneur, consultable sur : https://www.leonore.archives-nationales.culture.gouv.fr/ui/notice/65882#show

[5] Dans « Cécile Chaminade : inspirations espagnoles » publié le samedi 27 mai 2023 par Claude WORMS, sur le site : http://flamencoweb.fr/spip.php?article1053

[6] Source : Bru Zane Mediabase

[7] Source : https://www.music-workshop.co.uk/resources/blog/chaminade-flute-concertino/

[8] Ibid.