Suite Holographique – Emmanuel DANDIN
pour orchestre d’harmonie
Emmanuel Dandin
Né en 1975, Emmanuel DANDIN, fait ses études musicales au Conservatoire de Gennevilliers où il est initié à la composition dès l’âge de 12 ans par Bernard CAVANNA. Son premier Concertino pour piano et orchestre voit le jour en 1990, suivi de nombreuses pièces de jeunesse dont notamment Copeau d’angles sur le poème de Gilbert BOURSON, pour voix et ensemble instrumental. Il est très vite sollicité pour des commandes par des structures prestigieuses telles que le Centre Georges-Pompidou pour la « première rétrospective jamais organisée en France sur l’œuvre de Constantin Brancusi » ; la Comédie française pour la musique de scène de L’École des femmes mise en scène par Éric VIGNIER ; ainsi que le Capitole de Toulouse pour un Opéra pour enfants La nuit bleue.

En parallèle, il compose pour des structures favorisant la pratique de la musique auprès des amateurs comme l’A.R.I.A.M Île-de-France ; de même, il compose des pièces fédératrices de projets pédagogiques notamment pour les Orchestres de la Région Poitou Charentes, commande de la Ville de Sainte (Conte musical pour enfants, Le Maître du Temps), ou pour le Conservatoire à Rayonnement Départemental de Gennevilliers (Opéra pour enfant, Le Chaudron maléfique repris en 2015 dans une version avec marionnettes mise en scène par Jeanne SANDJIAN). Son activité s’étend également au domaine de l’arrangement : il réalise de nombreux arrangements pour l’Orchestre du Loiret dans le cadre de diverses émissions de télévision, collaborant ainsi à des productions nécessitant une grande polyvalence et une écriture adaptée aux contraintes du direct. Par ailleurs, il développe depuis de nombreuses années un travail important dédié aux orchestres d’harmonie, pour lesquels il compose un répertoire étendu, attentif aux équilibres sonores, à la richesse des timbres et au renouvellement des formes destinées aux ensembles à vents.
Présentation de l’œuvre par le compositeur
L’univers est énigmatique. À chaque instant, des hypothèses émergent ou disparaissent à propos de son origine et de son évolution. Pour ma part, j’imagine que l’univers serait à l’image du vivant. De sa naissance, celle des étoiles et des galaxies, en passant par son expansion, il aurait traversé différents passages d’accalmies mais aussi d’agitations redessinant à chaque instant sa cartographie céleste et se dirigeant inexorablement vers le tournoiement de son effondrement. À l’ère du numérique, la distinction entre ce qui nous parait vrai et ce qui n’est qu’une projection virtuelle, semble de plus en plus ténue. Je me demande parfois si l’univers est réel ou s’il est une « projection holographique » ? Serions-nous les personnages d’un immense jeu vidéo ?
Les quatre pièces de cette Suite Holographique pour Orchestre d’Harmonie représentent des moments de cette évolution :
1/ Naissance et expansion
2/ Accalmies et agitations
3/ Mouvances et reconstructions
4/ Valse de l’effondrement.
Présentation de l’œuvre par le chef qui en a fait la création
Je pense tous mes programmes musicaux autour d’une thématique, reliant chaque œuvre entre elles. Régulièrement, je passe commande à des compositeurs. J’avais déjà eu l’occasion de travailler avec Emmanuel DANDIN à plusieurs reprises. La qualité de son travail, sa grande disponibilité, le respect des dates de livraison, son professionnalisme ainsi que sa grande gentillesse m’avaient tourné cette fois-ci vers lui lorsque nous avons voulu travailler sur le thème de l’Espace.
Voici donc quelques pistes, informations, pensées, liées au travail que nous avons fait avec l’orchestre, et avec Emmanuel DANDIN qui fut des nôtres durant plusieurs jours.
Il a pensé sa pièce comme une symphonie miniature. Un premier mouvement rapide, un deuxième plus planant avec au détour un passage dans les Caraïbes, un scherzo et une valse rapide pour conclure.
La difficulté principale en dehors de la valse, difficile à rendre a tempo, fut le respect des articulations, nombreuses, la verticalité, les contrastes et de trouver toujours le bon équilibre au sein des phrases musicales.
Au tout début (1/ Naissance et expansion), Emmanuel nous emmène dans une ambiance sombre, tel dans un univers de funérailles chez Liszt. Le plus délicat dans ce début est l’enchaînement entre la naissance et le début de l’expansion en raison du changement de tempo. Ensuite il faudra faire attention à ne pas presser et à bien respecter nuances et articulations.
Dans le deuxième mouvement (2/ Accalmies et agitations), nous avons finalisé un tempo à la noire à 46 car, finalement, Emmanuel ne voulait pas que le thème traîne de trop. Les clarinettes sont fondamentales au tout début avec le brossage harmonique, qui amène comme un voile et une impression de rythme mouvant. Le thème me rappelait des couleurs de Laurence d’Arabie[1]. À la lettre D, nous avons pris le tempo de noire à 116. Emmanuel nous emmène dans les Caraïbes mais aussi dans le monde des jeux vidéo, et notamment de Mario Bros[2]. Et si nous étions dans un jeu vidéo et non pas dans ce qu’on croit être, le monde réel ? Pour l’anecdote et même si son nom n’en a pas la consonnance, Emmanuel a des racines brésiliennes. Pour finir ce mouvement, à la lettre I, une simple réexposition nous amène au Scherzo qui sera le 3ème mouvement.
Pour ce troisième mouvement (3/ Mouvances et reconstructions) le tempo a été calé sur une pulsation de la noire à 114. L’essentiel du travail devra se faire sur la légèreté et la sobriété de ce mouvement. À la mesure 43, nous avons rajouté, en accord avec le compositeur, un léger ritenuto avec reprise du tempo deux mesures après. À partir de la mesure 72, une solution à la difficulté de la mise en place fut d’alterner toutes les deux mesures, une battue à la mesure avec une battue à 2 temps, pour revenir à 2 à la mesure 82.
Pour la valse (4/ Valse de l’effondrement.), nous l’avons jouée à la blanche pointée entre 50 et 52. La faire au tempo demandé est très difficile si on veut garder la propreté dans le jeu, et pour nous c’était mission impossible. La partie de batterie telle qu’elle est écrite est finalement libre tout en conservant la structure. Arrivée à la lettre F, il faut y voir du Chostakovitch ou du burlesque, de la musique de kiosque avec sa « Jazz March ». Lettre K nous nous retrouvons dans l’univers de Supersax, un groupe de jazz américain des années 70 et du Style de « Drop Jazz » où le thème est harmonisé. Lettre N, nous entrons dans une couleur d’orgue de barbarie, attention au tempo et à l’accelerando très progressif. Lettre R nous arrivons au final et au feu d’artifice qui devra être brillant jusqu’à la chute.
Ludovic BOUGOUIN
Professeur de trompette au CRC Musique & Danse de Saintes
Directeur musical honoraire de l’Orchestre des J’eunes des Charentes
[1] Lawrence of Arabia (Original Motion Picture Soundtrack) est l’album de la bande originale composé par Maurice JARRE (1924-2009) pour le film Lawrence d’Arabie de 1962. La bande originale a été saluée par la critique et a remporté l’Oscar de la meilleure partition de musique, substantiellement originale en 1963
[2] Jeu d’arcade développé et édité par Nintendo en 1983, sur une musique de Koji KONDO (né en 1961).
Création :
Commanditaire : Orchestre des J’eunes des Charentes, sous la direction de Ludovic BOUGOUIN, lundi 22 juillet 2024, à la salle des fêtes de Saint Genis de Saintonge (Charente Maritime)
Partition :
Titre : Suite Holographique
Pour : Orchestre d’harmonie
Durée : 15 minutes (Premier mouvement : 3′ – Deuxième mouvement : 4′ 40 » – Troisième mouvement : 2’ – Quatrième mouvement : 5’20’.’
Niveau : Difficile
Édition : Editions Robert Martin, 350 chemin des Berthilliers, CS 60112, 71 012 CHARNAY-LÈS-MACON. Tel : +33(0)3 85 34 46 81 info@edrmartin.com.
Vidéo de la création
OJ’C – Suite Holographique, création d’Emmanuel Dandin
Avec le conducteur en lecture

Emmanuel DANDIN et Ludovic BOUGOUIN lors des sessions de travail, juillet 2024 (Crédit photo Richard PORTEAU)

Les plus du FOCUS : L’Orchestre des J’eunes des Charentes (OJ’C)
Créé en 1996, l’OJ’C est un orchestre d’harmonie basé en Poitou-Charentes, plus précisément à Saintes. Ses musiciens se regroupent lors des différentes sessions organisées tout au long de l’année, sous forme de stages musicaux de quelques semaines (durant les vacances scolaires hiver-printemps-été). Elles se composent de journées de répétitions, divisées en partiels ou en tutti, ayant pour but de présenter un ou plusieurs concerts à l’issue des journées de travail.
Toujours en perpétuel mouvement, il se tourne vers des programmes éclectiques et fait place à la création originale en sollicitant des compositeurs comme Michel DELAGE, Laurent JACQUIER, Emmanuel DANDIN, François ROUSSELOT, Rubian ZULUAGA, Sébastien PIÉFORT ….
L’orchestre travaille sur différents projets originaux, entre autres, hommage à Astor PIAZOLLA avec orchestre, danseurs, comédiens et chanteurs sur scène dans un décor de bar des années 30, ciné-concert ou lieu, film et musique sont en liens, ainsi que récemment un projet magie, mêlant tours de magie et création musicale et enregistre plusieurs CD dont le dernier en date, l’album « Bolivar« , a vu le jour dans le studio l’Alhambra Colbert (Cristal Production).
L’Orchestre des J’eunes des Charentes a été dirigé par Ludovic BOUGOUIN, jusqu’en 2025. Diplômé d’État et 1er prix international en Direction d’Ensembles d’Instruments à Vent de Brno (République Tchèque). Il a travaillé avec Philippe CAMBRELAING, Yves COHEN, Philippe BROCHOT ou encore Claude KAESMACKER. Il a notamment dirigé l’orchestre des Jeunes de Bruxelles, l’Orchestre des Jeunes de Moscou, l’Ensemble Philomusica de Marseille, l’ensemble Ars Nova, l’orchestre Symphonique de l’Université Javeriana de Bogota …
Depuis une quinzaine d’années, il encadre des stages de formation à la direction d’orchestre en Colombie et notamment à l’université Javeriana de Bogota et pour le département de Caldas Colombie. Il propose également durant chaque session musicale des cours de direction aux musiciens participants et s’occupe du module de direction au Conservatoire à Rayonnement Communal Musique & Danse de la ville de Saintes.
Régulièrement il offre la possibilité à de jeunes chefs de venir diriger l’orchestre des J’eunes des Charentes, dont Olivier RIVIÈRE, professeur de percussions au CRD d’Angoulême, Cyrille GAULTIER, professeur de hautbois au CRC de Saintes, hautboïste à l’Orchestre de Chambre de Nouvelle Aquitaine, Alexander CALVO, diplômé en direction du CRR de Lille et professeur de tuba au Conservatoire municipal de Rungis, Valérie VONBANK, diplômée de la double licence de musicologie et du DNSPM en hautbois moderne du Pôle Supérieur Paris Boulogne Billancourt, professeur de hautbois au Conservatoire Claude Debussy de Saint Malo et depuis quelques années à Marie CÉLÉRIER, élève en direction d’orchestre au Conservatoire National Supérieur de la Ville de Paris et qui prendra dès cette année, la suite à la direction de l’Orchestre des J’eunes des Charentes.