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Marche Solennelle opus 23 – Gabriel Pierné

Marche Solennelle opus 23 – Gabriel Pierné

Marche Solennelle - Gabriel Pierné
opus 23 (1889)

Gabriel PIERNÉ (1863-1937)

Henri-Constant-Gabriel PIERNÉ naît le 16 août 1863 à Metz dans une famille de musiciens professionnels. Son père, Eugène Jean-Baptiste PIERNÉ (1827-1898), est professeur de chant à l’école de musique de cette ville et sa mère Marie-Hortense SOUTEYRANT (1821-1894), pianiste de talent. Ils furent ses premiers professeurs. Mais la guerre franco-prussienne de 1870 force la famille à déménager pour conserver la nationalité française, Metz étant devenu « ville d’Empire » depuis le Traité de Francfort de 1871. La famille trouve refuge à Paris et c’est par l’intermédiaire de leur compatriote Ambroise THOMAS (1811-1896) que le jeune Gabriel PIERNÉ entre au Conservatoire de Paris à l’âge de 9 ans avec une dispense d’âge. Il y côtoie Claude DEBUSSY (1862-1918) avec lequel il restera toujours très lié.  Il remporte en quelques années la quasi-totalité des récompenses que pouvait ambitionner un musicien : une première médaille de solfège dans la classe d’Albert LAVIGNAC (1846-1916) en 1874, un premier prix de piano chez Antoine-François MARMONTEL (1816-1898)  en 1879, un second accessit d’harmonie chez Émile DURAND (1830-1903) en 1880, un premier prix de contrepoint et fugue en 1881 dans la classe de Jules MASSENET (1842-1912) et enfin, en 1882, un premier prix d’orgue dans la classe de César FRANCK (1822-1890) et un second Premier Grand Prix de Rome avec sa cantate Édith sur un livret d’Édouard GUINAND (1838-1909). Il n’a pas 19 ans.

Son Prix de Rome, en 1882, lui vaut l’immense privilège de séjourner en Italie, dans le cadre idéal de la villa Médicis, avec pour seule obligation de perfectionner son art. À partir de ce moment, sa carrière donne l’impression d’une fulgurante ascension : tout en succédant à César FRANCK à l’orgue de l’église Sainte-Clotilde (de 1890 à 1898), il multiplia les occasions de faire découvrir ses qualités de virtuose et de compositeur. Si son catalogue s’enrichit alors de nombreuses pièces dont le charme facile lui valut quelques succès, la véritable reconnaissance n’intervint qu’au tournant du siècle, le musicien faisant preuve d’ambitions nouvelles dont témoignent le poème symphonique L’An mil, la Sonate pour violon et l’opéra La Fille de Tabarin. Chef d’orchestre talentueux, il s’affirma à la tête des Concerts Colonne (1910-1934) comme un ardent défenseur de l’art académique et d’avant-garde. Musicien attentif aux nouveaux langages musicaux de son époque, Gabriel Pierné profite de sa célébrité pour faire jouer et connaître les œuvres de ses contemporains, et ce malgré le risque de polémiques. Il dirige notamment l’Oiseau de Feu d’Igor STRAVINSKY à Paris, et la création de la suite de Protée de Darius MILHAUD, qui fut à l’origine d’un véritable scandale. Autant d’influences opposées qu’illustre parallèlement son œuvre de la maturité (outre sa musique de chambre et orchestrale, citons l’oratorio Saint François d’Assise, l’opéra Sophie Arnould et les ballets Cydalise et le Chèvre-pied et Impressions de music-hall). À la fois sensible aux évolutions de son temps et respectueux des acquis de l’art officiel, PIERNÉ développa un style personnel, synthèse d’équilibre et de compromis, alliance subtile d’instinct et de culture, de sensibilité et de savoir-faire.

Élu plus tard membre de l’Académie des beaux-arts, Gabriel PIERNÉ fut également un compositeur prolifique, touchant à tous les genres musicaux. Il fut très jeune considéré comme un talent prometteur, important représentant de l’école française. Surtout connu pour sa musique de chambre, bien qu’ayant composé de nombreuses mélodies, des œuvres pour orchestre, des opéras et des ballets, il s’inscrit stylistiquement dans la lignée de MASSENET et de FRANCK, ses deux grands professeurs.

Amoureux de la Baie de Morlaix, où il passera ses étés en famille pendant trois décennies, Gabriel Pierné s’éteint en Bretagne, à Ploujean, le 17 juillet 1937, la même année que les musiciens Charles-Marie WIDOR, Albert ROUSSEL, Louis VIERNE et Maurice RAVEL. Il est inhumé à Paris au cimetière du Père-Lachaise (division 13), sous une haute stèle de pierre sculptée par Henri BOUCHARD, représentant les muses Euterpe et Thalie.

Gabriel Pierné en 6 dates :

    1882 : Grand Prix de Rome pour la cantate Edith

    1890-1898 : organiste de Saint-Clotilde

    1903-1910 : chef assistant des Concerts Colonne

    1910-1934 : chef permanent des Concerts Colonne

    1924 : élu membre de l’Académie des beaux-arts

    1935 : nommé Commandeur de la Légion d’honneur

Gabriel Pierné en 6 œuvres :

    1884 : Les Elfes, légende dramatique pour chœur et orchestre en trois parties

    1903 : Concertstück pour harpe et orchestre

    1908 : Ramuntcho, musique de scène inspirée de la nouvelle de Pierre LOTI (1897)

    1917 : Quintette pour piano et cordes opus 41, dédié à Gabriel FAURÉ

    1919 : Cydalise et le Chèvre-pied, ballet en deux actes et trois tableaux sur un argument de Robert de FLERS et Gaston Arman de CAILLAVET

    1927 : Fantaisie basque pour violon et orchestre, dédiée à Jacques THIBAUD

Marche Solennelle opus 23

Cette pièce, écrite en 1889, a été couronnée lors du concours ouvert en vue de l’Exposition Universelle, celle qui vit s’élever la tour Eiffel au cœur de Paris.

Les attendus de ce concours de composition sont connus, et c’est dans son rapport au Président de la République que Pierre LEGRAND ministre du Commerce et de l’Industrie en donne tenants et aboutissants.

« Nous avons pensé que l’Exposition devait être l’occasion d’un encouragement offert à la jeune école française qui a tant de peine à se produire. À cet effet, nous avons ouvert deux concours de composition musicale : 1° un concours ayant pour objet la composition d’une œuvre lyrique avec soli, chœurs et orchestre, qui sera exécutée lors de la distribution des récompenses ; 2° un concours ayant pour objet la composition d’une Marche solennelle pour musique militaire, destinée à être exécutée dans un festival.

Le but de ce dernier concours était de provoquer, de la part des compositeurs spéciaux de musique et d’harmonie, la production d’une œuvre ayant un caractère plus artistique que celles qui composent le répertoire ordinaire de nos musiques d’infanterie. Mais les résultats de ces concours n’ont pas répondu entièrement à l’espoir de la commission des auditions musicales. Il a été clos le 31 octobre 1888 ; et la commission n’a pas trouvé, parmi les partitions déposées, une œuvre qui lui parût digne du premier prix. Elle n’a pu décerner qu’un prix de 1.000 francs à la marche composée par M. Gabriel Pierné. Une autre partition a mérité une mention honorable de 300 francs[1] ».

Précisons que l’appel à la composition d’une œuvre lyrique aura un manque de succès et qu’aucun prix ne sera décerné.  On substituera cet échec par la commande faite à Augusta HOLMÈS de l’Ode triomphale en l’honneur du centenaire de la Révolution de 1789, l’œuvre-phare de l’Exposition universelle. Piqué au vif, Saint-Saëns ose un compliment à double tranchant : « Il fallait plus qu’un homme pour chanter le centenaire, à défaut d’un dieu impossible à rencontrer, la République française a trouvé ce qu’il lui fallait : une Muse ! »

Dans son compte-rendu exhaustif, immédiatement postérieure à l’Exposition Universelle de 1889, Émile MONOD revient sur cet événement dans une réflexion argumentée. Elle dit le problème des répertoires des musiques militaires et des harmonies du temps et contextualise les résultats du concours de composition.

« Un concours pour la musique d’une marche militaire était une nouveauté, une heureuse nouveauté ! On connaît le répertoire plat et vulgaire de nos musiques de régiment : pas redoublés, fantaisies, pots-pourris, la plupart du temps écrits par leurs chefs, qui se croient des compositeurs ; morceaux dénués de style, et qui ne peuvent que gâter le goût de ceux qui les exécutent et de ceux qui les entendent. Aussi bien, les vrais compositeurs se déclarent volontiers incapables d’instrumenter pour musique d’harmonie. Il faudrait pourtant veiller à la bonne éducation de nos musiques militaires et les amener à constituer un répertoire d’œuvres originales et d’un caractère élevé. Le concours dont nous parlons était un premier pas dans cette voie, et l’appel méritait, à ce titre, d’être écouté. Il ne le fut guère, et parmi les soixante-dix[2] partitions déposées au Conservatoire, aucune ne fut jugée digne du premier prix de 3.000 francs. Pour bien marquer le caractère de la composition que l’on demandait aux concurrent, le jury avait imposé une marche solennelle. Cette indication ne fut pas comprise, sauf par M. Gabriel Pierné, à qui le jury ne crut cependant pouvoir accorder que le second prix de 1.000 francs, et aussi par M. Toussaint Génin jeune[3], qui obtint une mention honorable[4] ».

La partition

La partition est dédiée à Gustave WETTGE, chef de la Musique de la Garde républicaine. Elle fut éditée chez Alphonse LEDUC, 178, rue Saint-Honoré à Paris sous le n° A.L.8230 et porte l’indication d’opus 23. La 1ère audition en fut donnée par la Musique de la Garde républicaine, le samedi 9 mars 1889, sous la direction du dédicataire[5].

La nomenclature :

Petite flûte en b, Grande flûte en ut, 2 Hautbois en ut, Basson (ad. lib.), Petite clarinette en mib, 1ère &  2de Première clarinette en sib, 2e Clarinette en sib, 1er et 2ème Saxophone alto en mib, 1er et 2ème Saxophone ténor en sib, 1er et 2ème  Saxophone baryton en mib, 1er & 2d Premier cornet en sib, 2ème Cornet en sib, 1ère et 2ème Trompette en sib, 3 Cors en mib, 3 Trombones en ut, 1er et 2ème Bugle en sib, 1er et 2ème Saxhorn alto en mib, 1er et 2ème Saxhorn baryton en sib, Saxhorn basse en sib, Saxhorn contrebasse en sib et en mib, Timbales, Caisses claire, Cymbales et Grosse caisse.

C’est une composition de 185 mesures dans un tempo Allegro maestoso à 2/2 (C barré),  La Marche s’ouvre sur une fanfare fortissimo développée et réexposée sur une cinquantaine de mesures dans la tonalité de fa Majeur. Un deuxième thème, piano, amené par les clarinettes, saxophones alti et/ou bugles, plus lyrique et légato n’est soutenu que par de longs accords de trompettes et de cors, ponctué par des contretemps aux trombones et saxhorns barytons dans la nouvelle tonalité de sib Majeur. Après un rappel de la fanfare initiale (de la mesure 70 à la mesure 78), le deuxième thème se développe à nouveau. À la mesure 98, nouveau changement de tonalité (mib Majeur) et retour au fortissimo. Les deux thèmes se mêlent et se développent harmoniquement et rythmiquement jusqu’au retour de la tonalité de départ (fa Majeur) à la 159e mesure. La pièce s’achève ainsi dans une sorte d’apothéose finale avec la tonalité retrouvée.

L’orchestration est de la main de PIERNÉ et montre sa grande maîtrise de l’instrumentation. D’autres versions sont commercialisées dès 1889, comme nous l’apprend l’encart publicitaire de l’éditeur Leduc dans Le Ménestrel.

« Gabriel Pierné – Marche Solennelle de l’Exposition

Couronnée au concours de 1889 – Exposition Universelle

Dédiée à M. G. Wettge. Chef de Musique de la Garde Républicaine

Musique militaire : Parties séparées et la Partition : 10 fr. Net

Transcriptions diverses par l’auteur :

Pour piano seul : 2 fr. 50 c. Net – Piano à quatre mains : 3 fr. Net

En préparation : pour Orchestre symphonique et pour deux Pianos

Paris. Alphonse LEDUC, 3, rue de Grammont – Paris[6] »

La partition manuscrite autographe de la version pour orchestre symphonique est passée en salle des ventes, chez ADER, le 21 juin 2012.

« Gabriel PIERNÉ – Lot 175

Manuscrit musical autographe signé, Marche solennelle, op. 23, « Transcription pour orchestre symphonique », 1889 ; titre et 27 pages in-fol. Partition d’orchestre de cette célèbre marche solennelle, écrite d’abord pour orchestre d’harmonie. Elle fut donnée le 8 août 1889 aux Concerts du Jardin d’acclimatation sous la direction de Louis Mayeur (1837-1894). Le manuscrit est très soigneusement noté à l’encre noire sur papier Lard-Esnault à 28 lignes ; il a servi pour la gravure. Il est signé et daté en fin : « Triel – Juin 89 ». Il porte une dédicace biffée sur la page de titre : « À Monsieur Arthur Steck » (qui dirigea l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo de 1885 à 1894). Cette marche est en majeur, à 2/2 (C barré), Allegro maestoso. L’orchestre comprend : 2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, 3 cors chromatiques, 3 [cornets à] pistons, 3 trombones, tuba, timbales, tambour, cymbales, grosse caisse, 1ers et 2ds violons, altos, violoncelles et contrebasses[7] ».

Pour en revenir à la partition originale de la version orchestre d’harmonie, le matériel d’orchestre imprimé est entâché d’une dizaine de fautes d’impression qu’il serait heureux de corriger à l’exécution. Nous en tenons la liste disponible. Enfin, publié en 1889 et jamais réédité depuis, ce matériel est à l’image de ce que produisaient les éditeurs de l’époque à savoir un conducteur en sib à trois portées et des parties détachées en format paysage (26,5 cm sur 17,5 cm), livré en set complet à 46 parties.

Pour une écoute

Pour une écoute

La version originale pour orchestre d’harmonie n’a pas beaucoup été enregistrée. Nous ne connaissons qu’un enregistrement de référence, celui de la Musique des Gardiens de la Paix de Paris sous la direction de Désiré Dondeyne.

Enregistrée dans un album Vinyl 33 tours / 30 cm, LP stéréo sous le label Serp MC 7032, intitulé Marches de circonstances n° 2, il s’accompagne d’autres marches signées Louis GANNE, Camille SAINT-SAËNS, Sigismund NEUKOMM, Ferdinando PAËR, François-René GEBAUER et J. FREY et Henri BÜSSER. La sélection et les textes de présentation sont de Frédéric ROBERT.

Gravé et édité entre 1973 et 1976, les moyens techniques déployés alors manquent cruellement de profondeur dans les registres graves.

Nous signalons encore parmi les ressources possibles :

La partition manuscrite de la transcription autographe pour piano seul par PIERNÉ (mars 1889)

https://www.bruzanemediabase.com/mediabase/documents/marche-solennelle-transcription-piano-seul-pierne

La partition manuscrite de la transcription autographe pour deux pianos par PIERNÉ

https://www.bruzanemediabase.com/mediabase/documents/marche-solennelle-transcription-deux-pianos-pierne

Focus présenté par Patrick PÉRONNET,
docteur en Musicologie, 12 février 2026


[1] « Rapport de M. Pierre Legrand, Ministre du Commerce et de l’Industrie, Commissaire général de l’Exposition universelle, à M. le Président de la République française », Le Génie civil, revue officielle technique des documents relatifs à l’Exposition universelle de 1889, premier semestre 1888-1889, 3 novembre 1888 (9e année, tome XIV), p. 269.

[2] Soixante-huit précisément selon Alfred PICARD, Rapport général de l’Exposition Universelle Internationale de 1889 à Paris, tome 3, Paris, Imprimerie nationale, 1891, p. 350.

[3] Toussaint GÉNIN (1841-1928). Nous connaissons de lui un Sextuor pour piano et vents (flûte, hautbois, clarinette, basson & cor) en quatre mouvements, édité par E. Demets à Paris en 1906 et dédié « À la mémoire de mon père ».

[4] Émile MOROT, L’Exposition Universelle de 1889, tome 1, Paris, Dentu, 1890, p. 657-658.

[5] Le Ménestrel, 10 mars 1889, n° 3023 (55e année, n° 10), p. 78.

[6] Le Ménestrel, 26 mai 1889, n° 3034 (55e année, n° 21), p. 168.

[7] Jeudi 21 juin 2012 14 :00, SALLE des ventes Favart3, rue Favart – 75002 Paris, par la maison ADER.