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Sonatine – Alexandre TCHEREPNINE

Sonatine – Alexandre TCHEREPNINE

Sonatine - Alexandre Tcherepnine
Pour timbales et orchestre d’harmonie – Opus 58 (1939)

Alexandre TCHEREPNINE (1899-1977)

Né à Saint-Pétersbourg le 21 janvier 1899, Alexandre TCHEREPNINE est issu d’une famille de musiciens russes de notoriété. Son père, Nicolaï Nicolaïevitch TCHEREPNINE (1873-1945), est compositeur et chef d’orchestre et a été un des élèves de Nikolaï RIMSKY-KORSAKOV. Sa mère, Maria Albertovna BENOIS (1876-1958), est la fille du peintre Albert Nicolaïevitch BENOIS (1852-1936) grand maître aquarelliste russe.

Le milieu familial est propice, où se croisent Anatoli LIADOV (1855-1914), César CUI (1835-1918), Nikolaï RIMSKY-KORSAKOV (1844-1908), Igor STRAVINSKI (1882-1971) Sergeï PROKOFIEV (1891-1953), Fédor CHALIAPINE (1873-1938), Vaslav NIJINSKI (1889-1950), ou l’étoile du ballet classique Anna PAVLOVA (1881-1931).

Alexandre est initié au piano très jeune par sa mère, puis il étudie la musique avec son père et le piano avec Leocadia KASHPEROVA (1872-1940), une élève d’Anton RUBINSTEIN, l’harmonie avec Nikolaï SOKOLOV (1859-1922) au Conservatoire de Saint-Pétersbourg. Après son Baccalauréat en 1917, il entre à l’Université de Saint-Pétersbourg pour étudier la musique. À la fin de l’année 1918, la famille, fuyant la guerre, la famine et le choléra qui sévissent à Petrograd, se réfugie à Tbilissi en Géorgie, où il poursuit ses études. Il commence à se produire comme pianiste, et rédige des critiques musicales. En 1921, l’Armée rouge étendit à Tbilissi la guerre civile qui faisait rage ailleurs en Russie, et peu de temps après, les Tcherepnine se mirent à nouveau en route, quittant cette fois définitivement la Russie pour la France, où ils s’installèrent à Paris., où il se fait connaître comme pianiste et compositeur.

Peut-être stimulé par le climat musical quasi volcanique du Paris des années 1920, où il se retrouva « en compagnie de personnalités telles que Ravel, Stravinsky, Prokofiev, Honegger, Milhaud et Martinu, et où il put écouter leur musique », le jeune compositeur commença à produire des œuvres au caractère plus distinctif qu’auparavant. TCHEREPNINE a un jour fait remarquer : « Il est intéressant de noter que l’influence de Paris sur les compositeurs étrangers a généralement été de les amener à se trouver et à être eux-mêmes. Chopin n’a pas développé un style français parce qu’il vivait à Paris, mais est devenu, si possible, encore plus polonais. La même chose s’est produite pour des compositeurs comme Albéniz et Copland. » TCHEREPNINE a rejoint un groupe de compositeurs connu sous le nom d’École de Paris (les autres membres étaient Arthur HONEGGER, Bohuslav MARTINU, Marcel MIHALOVICI, Tibor HARSÁNYI et Conrad BECK).

Alors qu’il a déjà composé des œuvres importantes, il suit les cours de contrepoint de Paul VIDAL (1863-1921) et de piano avec Isidore PHILIPP (1863-1958). En 1923, il compose pour Anna PAVLOVA un ballet, Fresques d’Ajanta, qui est créé à Londres la même année. En 1925, il écrit son premier opéra, 01-01, d’après « Les jours de notre vie » de Leonid ANDREÏEV, un drame inspiré de la vie estudiantine. La même année, son Concerto da camera pour violon est récompensé par le Prix Schott, qui marque le début d’une riche carrière de compositeur. En 1926, il effectue une tournée aux États-Unis. L’année suivante, la création de sa Symphonie n° 1 opus 42 fait scandale à Paris. Dans les années 1930, il effectue de nombreux voyages : dans les Balkans, en Égypte, en Palestine, et de 1934 à 1937 en Extrême-Orient. Son manager américain l’avait programmé pour le printemps et l’été 1934 pour une tournée de concerts dans le monde entier. Il devait commencer en avril en Chine, avec le reste de la tournée prévue au Japon, aux Philippines, à Singapour, en Égypte et en Palestine. Après avoir joué ses premiers concerts à Shanghai, il tombe amoureux de la jeune pianiste chinois Lee HSIEN MING (1911-1991), et décide de l’épouser en 1938. Ils s’installent à Paris et y restent jusqu’en 1948.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Alexander, Ming et les parents du compositeur n’eurent d’autre choix que de rester à Paris, occupée par les nazis, après avoir tenté en vain de s’échapper. Le jeune compositeur-pianiste subvenait aux besoins de sa famille grâce à ses maigres revenus provenant de cours de composition et de ce qu’il appelait la « musique utilitaire ». Il nota une forte baisse de la qualité de son travail pendant la guerre. « Vivre sous l’Occupation n’était pas facile, et j’ai dû composer beaucoup de musique médiocre – pour des danseurs, des music-halls, etc. – que je devais signer sous un autre nom parce que j’étais russe ». Peu de compositions de TCHEREPNINE datant de la guerre ont survécu, ce qui est peut-être aussi bien.

En 1945-1946, il compose, en collaboration avec Arthur HONEGGER et Tibor HARSÁNYI le ballet Chou Rostaveli, sur un argument de Serge LIFAR. En 1948, il s’installa aux États-Unis où il enseigne la composition, l’analyse et l’histoire de la musique à l’Université De-Paul à Chicago. L’année suivante, il s’y installe avec sa famille. Il reçoit la citoyenneté américaine en 1958. Il s’installe alors à New York en 1964, et intensifie sa carrière internationale de chef d’orchestre et de pianiste. Avec son épouse, il enseigne à l’université De-Paul de Chicago, où l’Orchestre symphonique de Chicago crée sa 2e Symphonie sous la direction de Rafael KUBELIK. Parmi ses élèves, on note Gloria COATES, John DOWNEY et Robert MUCZYNSKI. En 1967, il est invité en Union Soviétique, où il joue à Moscou, Leningrad et Tbilissi.

Son séjour en Chine dans les années 1930 a notablement influencé son style. Il travaillera longtemps sur l’écriture modale avec un langage très personnel. TCHEREPNINE a inventé son propre langage harmonique par la combinaison des hexacordes mineure et majeure, du système pentatonique, de vieux modes russes et d’harmonies géorgiennes. Il utilise une échelle personnelle de 9 sons constituée de trois cellules de demi-ton / ton / demi-ton.

Ses premières œuvres étaient fort originales et quelques-unes sont encore populaires. Parmi ses créations, on compte trois opéras, quatre symphonies, six concertos pour piano, treize ballets, de la musique chorale (une messe et d’autres pièces liturgiques), des mélodies avec accompagnement de piano, de la musique de chambre, en particulier pour violoncelle et piano, ainsi qu’une large collection d’écrits pour piano solo.

En 1969 il déménage pour New York et voyage souvent entre le Vieux et le Nouveau Continent. Il décède dans son appartement au 2 rue Fürstenberg dans le 6ème arrondissement de Paris et repose au cimetière russe Liers de Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne).

Le catalogue exhaustif des compositions d’Alexandre TCHEREPNINE est disponible sur le site de la Tcherepnin Society dédiée à cette famille d’artistes avec son père Nicolaï et son fils Yvan1.

La Sonatine pour timbales et orchestre d’harmonie opus 58 (1939-1963)

Composée initialement pour timbales et piano en 1939, la Sonatine fut révisée en 1957. Alexandre TCHEREPNINE en écrit une version pour timbales et orchestre d’harmonie en 1963.

Les compositions parisiennes pour les instruments à vent

Dans son importante production (109 numéros d’opus et de nombreuses œuvres non répertoriées), Alexandre TCHEREPNINE prouve son éclectisme. Dans une recherche de timbres et d’harmonies novatrices, il explore les possibilités des instruments en soliste, duos (avec piano) ou en dialogue avec des ensembles divers.

C’est particulièrement vrai dans la période parisienne à partir de 1927 et particulièrement l’année 1939. Pour cette dernière, on relève de nombreuses pièces pour les vents dont la Sonate en un mouvement pour clarinette et piano, l’Andante pour tuba ou trombone basse et piano op. 63, le Trio pour trois flûtes op. 59, le Quartette pour quatre flûtes op. 60, le Trio pour trois trompettes ou clarinettes op. 61, la Marche pour trois trompettes en sib op. 62, sans oublier la Sonatine sportive pour saxophone et piano op. 63 qui fit sa renommée pour cet instrument. Cette production semble liée à l’existence du Conservatoire russe de Paris, dirigé alors par son père.

Comme chacun peut le constater, en cette année 1939 TCHEREPNINE, installé à Paris, expérimente des œuvres inspirées par les sonorités d’Extrême Orient.

Les œuvres mettant en valeur les timbales et l’ensemble à vent sont rares. Nous pouvons citer la Sonatine pour instruments à vent, xylophone et timbales2 opus 61 (1935) de son père, Nicolas TCHEREPNINE (1873-1945) alors directeur du Conservatoire russe de Paris3 ou le Concerto for timpani and wind band (1984) de Gordon JACOB (1895-1984).

L’attrait pour les percussions

Alexandre TCHEREPNINE profite d’une certaine notoriété en 1927 grâce au goût de scandale qu’il obtient à l’âge de 28 ans, lorsque sa Première Symphonie opus 42 provoque une émeute, lors de sa création, la police étant appelée au Théâtre du Châtelet à Paris pour calmer un public excité par le scherzo (2e mouvement) de l’œuvre pour percussions sans tonalité4 et instruments à cordes frappés avec l’archet comme s’il s’agissait de tambours en bois. Dans son livre Music Since 1900, Nicolas SLONIMSKY cite cette œuvre comme « le plus ancien exemple connu d’un mouvement percussif intégral dans une symphonie ». Ici, comme dans certaines parties de l’œuvre orchestrale Magna Mater (1926-1927) et dans la pièce pour piano Message (1926), qui se termine par des coups sur le bois du piano, TCHEREPNINE se livre au rythme pur pour le plaisir. Une autre symphonie, laissée inachevée du fait de son décès aurait été pour seule percussion.

Excepté la Sonatine pour timbales et orchestre d’harmonie, nous signalerons quelques autres pièces musicales que le compositeur destine aux ensembles à vent. Dans l’ordre chronologique on trouve une Marche symphonique opus 80 (version pour ensemble à vent, 1954, 6 minutes, éditions MCA) une Fanfare pour cuivres et percussions (3 trompettes, 4 cors, 3 trombones, 1 tuba et percussions, 1961, 6 minutes, éditions Boosey & Hawkes) et une version pour ensemble à vent de Russian Sketches op. 106 (2 flûtes, 1 hautbois, 4 clarinettes, 2 bassons, 4 saxophones, 4 cornets à pistons, 4 trompettes, 2 cors, 3 trombones, 1 tuba et harpe, 1977, éditions MCA).

La partition

Écrite initialement pour timbales et piano, la partition se subdivise en quatre parties : I. Allegro maestoso (39 mesures en 4/4, la noire à 116, 2’20’’) ; II. Animato (39 mesures en 4/4 [sauf mesure 35 en 5/4], la noire à 144, 1’20’’) ; III. Andante religioso (20 mesures en 3/4, la noire à 50, 2’) ; IV. Allegro marcia – alla breve (122 mesures en 2/2, la blanche à 120, 2’).

Il semblerait que la première audition en ait été donnée à Paris à l’occasion d’un concert du Cénacle, le 19 mai 1944 avec Pierre CAILLON en soliste et Alexandre TCHEREPNINE au piano d’accompagnement5.

Bien qu’annoncée par l’éditeur pour 2 timbales, sa réalisation parfaite montre qu’un jeu de 3 timbales est utile sinon indispensable.

Au niveau stylistique, la Sonatine débute par un mouvement assez martial et théâtral (en forme d’ouverture) dont la cellule rythmique noire pointée-double croche génère le mouvement (à partir de la mesure 9) à l’orchestre et aux timbales (accordées en fa, do et mib) en usant d’un jeu précis à l’orchestre entre notes pleines et détachées. L’équilibre entre soliste et orchestre est d’une très grande importance, les sfrozandi des dernières mesures doivent se comprendre comme une suspension vers le mouvement qui suit, sans rupture réelle, alors que les timbales intensifient leur présence (rinforzando). Hors tempo, les premières mesures de pause permettent au timbalier de changer de baguettes pour des têtes plus dures et d’accorder ses timbales en sol, do et

Ce second mouvement, plus fluide et léger se doit d’être interprété dans un tempo vif. Le jeu de l’orchestre en notes piquées et accentuées sur les temps 2 et 4, donnent un aspect boitillant à cette présentation nouvelle (mesures 1 à 5). Le décalage rythmique entre orchestre et timbales donne toute sa saveur ludique au mouvement, la phrase exprimée aux timbales faisant l’objet de trois expositions. La mesure 35 en 5/4 porte une nette rupture avec ses temps forts (temps 2, 4 et 5), que viennent tempérer la carrure à quatre temps des quatre mesures suivantes dans la nuance piano. Une pause devient nécessaire (accord des timbales fa, do, sol et usage de baguettes douces).

Le troisième mouvement, Andante religioso (en 3/4), forme un grand contraste avec ce qui précède. Les accords aux cuivres dans une tonalité relative de la mineur naturel, donne une teinte lugubre sur laquelle s’exprime les timbales. L’énoncé, par les bois, d’une phrase mélancolique (mesures 9 à12 en 4/4) prolonge ce sentiment de tristesse. Le retour du premier thème dans un accord renversé (mi-sol-do) prend alors un aspect menaçant qui reste en suspension. Nous ne saurions recommander aux cuivres de bien préparer leurs notes et de veiller à la justesse.

Nouveau contraste enfin avec l’Allegro marcia – alla breve, quatrième et dernier mouvement en ₵ (les timbales restent sur le même accord que précédemment avec baguettes dures). L’ouverture vive avec un accompagne chaotique de l’orchestre (contretemps) devient une balade légère aux accents orientaux (exposés au piccolo et à la flûte, mesure 17 et suivantes). Un grand soin doit alors être porté à ce qui pourrait paraître secondaire (accords en notes piquées) alors qu’il s’agit de tisser une dentelle délicate pour soutenir le discours principal. Le retour des timbales ferme ce court épisode (mesure 33 à 56). Sans véritable rupture la trompette solo sonne de longues notes suspendues sur des accords de cuivres (cors/trombones) en forme de marche (changement à la timbale 2 du do au ré). Le rythme claudiquant de l’orchestre et des timbales finit par trouver sa carrure (à 86) mais s’interrompt bientôt (mesure 94). Annoncé aux cors et agrémenté des phrases arpégées aux bois et une sonnerie de trompette, le final s’annonce (changement timbale 2 de ré au do). C’est un air joyeux et champêtre, sorte de danse populaire, qui conduit, en une vingtaine de mesures, l’ensemble à sa conclusion.

Niveau
4/6 pour le timbalier solo
4/6 pour l’orchestre d’harmonie
Partition
Titre : Sonatina for Timpani and Band (for two or three timpani)
Durée : (environ) 7’40’’
Éditeur : Boosey & Hawkes 1966 (distribution Stretta Music pour l’Europe)

Focus présenté par Patrick PÉRONNET,
docteur en Musicologie, 28 mars 2026


Pour une écoute

Version ensemble à vent : Enregistrement par le Caltech – Occidental Concert Band, direction William Bing, soliste  Scott Babcock .


  1. The Tcherepnin Society, Inc., 96 Russell Avenue, Watertown, MA 02472. Email: info@tcherepnin.com ↩︎
  2. Elle comprend quatre mouvements riches en mélodies issues du folklore russe, avec des motifs pentatoniques et des formules mélodiques par tons. Elle est écrite pour 2 flûtes (dont 1 jouant le piccolo), 2 hautbois (dont 1 jouant le cor anglais), 1 clarinette, 2 bassons, 2 trompettes, 1 cor, 1 trombone, timbales et xylophone. ↩︎
  3. Conservatoire fondé en en 1923 par d’anciens professeurs des conservatoires impériaux de Russie, émigrés à Paris à la suite de la révolution de 1917 et devenu Conservatoire Serge-Rachmaninov, situé aujourd’hui au 26, avenue de New-York (Paris 16e). ↩︎
  4. https://www.youtube.com/watch?v=Fv43NWh0FIg ↩︎
  5. Marcel DELANNOY, La Musique, Les Nouveaux temps, 24 mai 1944 (5e année, n° 1.124), p. 2 ↩︎